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  • Guillaume Hermann
    Guillaume Hermann

    Cuivre, nickel, cupronickel... Une curiosité métallurgique de 1888, l'essai Martin

    Une variante inconnue du jeton "système Martin" de 1888 est passée entre mes mains. Il en existait déjà 5 !

     

    L'exemplaire en question :

    1Martinaversrevers.thumb.jpg.483947e8524758897186191646316581.jpg

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    1888, essai de laminage du système Martin, avers, revers, tranche. Cuivre et nickel, 32 mm, 10,00 g

     

    Si l'on s'en tient à une description textuelle, l'objet est connu : c'est le fruit monétiforme d'un essai de laminage du système Martin en 1888. L'exemplaire qui justifie la rédaction du présent article mesure 32 mm et pèse exactement 10,00 g.

    J'ignore en quoi consistait le système Martin et, a priori, ce n'est pas mon propos.

     

    Cet objet, d'une rareté actuellement classée R2 par CGB, porte les inscriptions :

     

    MÉTAL

    BI-MÉTALLIQUE

    CUIVRE ET

    NICKEL PUR

    1888

    à l'avers, dans un grénetis que 16 étoiles pleines à 5 branches séparent du listel, et

     

    SYSTÈME

    ED. MARTIN (le D étant petit et placé au-dessus du point)

    BREVETÉ

    S.G.D.G.

    dans une couronne de rameaux d'olivier, au revers.

     

    Même si le terme n'apparaît pas, c'est donc, a priori, ce que nous appelons du cupronickel : le métal des 100 francs Cochet, par exemple. Ces monnaies étaient de couleur grise. Et, de fait, la très large majorité des jetons de 1888 du laminage Martin sont gris.

     

    Mais pas celui que j'ai eu entre les mains, ni deux exemplaires récemment vendus sur Ebay et un troisième par Patrick Guillard : patinés, ils sont bruns, bruns comme des 10 francs Mathieu, qui sont dites "en cupro-nickel-alu" (donc ajout d'un métal pourtant gris : la clé est dans les proportions, 920‰ de cuivre, et seulement 60‰ de nickel et 20‰ d'aluminium), ou bruns comme des divisionnaires Second Empire ou IIIe république qui sont dits "en bronze" (à 950‰ de cuivre, donc du cuivre avec quelques corps étrangers, plutôt que du bronze, dont le taux de cuivre est généralement plus faible).

     

    3MartinGgle.thumb.jpg.e720425949fac401006b84b436617a96.jpg

    2025, capture d'écran de Google Images avec les mots clés "1888 "cuivre et nickel pur""

     

     

    Cette couleur différente est une première curiosité.

    Les "Essais Monétaires et Piéforts Français 1870-2001" par Michel Taillard et Michel Arnaud, aux Editions Gadoury, nous confirment qu'il y a eu des essais de laminage / de frappe avec plusieurs alliages de cuivre et de nickel, et ceci sans le préciser sur le coin. Ces essais, dont beaucoup ont dû servir de cadeau publicitaire pour le système Martin, n'avaient pourtant pas vocation à être complétés à la plume ou affublés d'une étiquette.

     

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    "Essais Monétaires et Piéforts Français 1870-2001", Michel Taillard et Michel Arnaud, Editions Gadoury, 2014, pages 576-577 : c'est tout ce qui concerne les jetons du système Martin dans cet ouvrage de référence

     

    Parmi les 5 variantes recensées par Michel Taillard et Michel Arnaud :

    - 2 sont plaquées nickel entièrement, donc grises entièrement

    - 1 est plaquée nickel entièrement sauf le listel, donc grise sauf le listel

    - 1 est plaquée maillechort entièrement, donc grise entièrement

    - 1 est plaquée cuivre sur une âme en nickel, ce nickel étant visible sur la tranche. Ce dernier cas est donc le seul qui puisse se patiner en brun, par conséquent le seul qui pourrait correspondre à notre exemplaire;mais l'ouvrage indique 32 mm et 12 g, alors que notre exemplaire est à 32 mm et 10,00 g.

    Le lien du premier exemplaire brun sur Ebay n'est plus accessible. Le deuxième vendeur sur Ebay indique 32 mm pour 10,83 g, et Patrick Guillard 32 mm pour 10,69 g. Aucun de ces deux exemplaires n'est donc au poids exact, et ils sont plus proches de "nos" 10,00 g que des 12 g de Michel Taillard et Michel Arnaud.

     

     

    Il y a une seconde curiosité. Je n'en ai trouvé trace nulle part, elle m'est apparue en manipulant l'objet.

    On voit bien, sur le jeton brun que j'ai manipulé, ce qui doit être du nickel, mais il n'est pas allié; du moins, sans aller jusqu'à endommager l'objet pour analyse, il ne semble pas l'être. Un test à l'aimant révèle un fort magnétisme de l'objet, le nickel est donc massivement présent.

    Il est visible sur la tranche, comme le disent MM Taillard et Arnaud pour leur variante 253.5. Plus exactement, il est sur toute la longueur de la tranche, mais seulement sur la moitié de sa hauteur : il est du côté du revers, c'est-à-dire la face marquée "SYSTÈME ED. MARTIN BREVETÉ S.G.D.G.", mais il ne déborde nullement sur celle-ci. Il faut vraiment examiner spécifiquement la tranche pour le voir.

    La question est de savoir si, et si oui, comment et où, se prolonge ce nickel dans le corps du jeton.

    Comment expliquer cette curieuse disposition sur la "demi-tranche" sans apparaître sur la face ? Quelle conséquence tirer de la différence d'exactement 2 grammes avec la variante 253.5 pour le même diamètre : épaisseur différente ? Composition métallique nettement différente ?

    Au sujet de la tranche des exemplaires gris, rien n'est dit par les professionnels qui en ont eus entre les mains.

     

     

    Ces observations en appellent une autre : le classement en rareté R2 semble concerner les jetons de 1888 du système Martin pris dans leur ensemble, mais il convenait déjà de distinguer 5 catégories en leur sein, et maintenant 6 catégories. Il apparaît d'emblée que les jetons à faces cuivrées sont beaucoup plus rares que ceux à faces en nickel.

    Sans discuter ici de l'utilité des classements de rareté, il conviendrait, au moins, que les passionnés de pointage soient mis en mesure d'en présenter des rigoureux.

     

    Si vous en avez en collection, gris ou brun, je vous invite à examiner la tranche et indiquer en commentaire ci-dessous ce que vous avez observé, si possible avec diamètre et masse !

     

     

    Remerciements à M. Claude Fache, pour les photos de "Essais Monétaires et Piéforts Français 1870-2001" par Michel Taillard et Michel Arnaud, 2014, aux Editions Gadoury.

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    Commentaires recommandés

    la 100F Cochet est effectivement en cupronickel, soit pour celle-ci un alliage de cuivre (75%) et nickel (25%), mais le franc 1960 et le demi sont en nickel pur.

    un métal plaqué sur un autre n'est pas du tout un alliage, qui implique un mélange homogène au niveau moléculaire, mais un objet bimétallique.

     

    je n'ai pas saisi pourquoi tu considère celle que tu as en main comme différente de la 253.5, puisqu'elle est en nickel cuivré sauf la tranche et aussi de 32mm.

    la différence de poids n'est pas un critère, les hauteurs relatives du cuivre ou du nickel sur la tranche pourraient indiquer des épaisseurs de cuivre ou nickel différentes. à diamètre égal, une différence d'épaisseur mesurée dans les plats indiquerait une différence d'épaisseur d'une ou des feuilles utilisées avant laminage. mais ça ne change pas la nature du jeton, qui reste du nickel plaqué cuivre.

    il n'est pas impossible que ces jetons aient été frappés avec une virole : on peut imaginer une découpe "baveuse" du cuivre qui aurait été écrasé sur la tranche jusque mi-hauteur par la virole lors de la frappe.

     

    le Martin en question pourrait être Louis Edmond Martin, Directeur des Monnaies et Médailles entre 1915 et 1918, qui aurait mit au point un sytème de laminage pour bimétaux en 1888.

    https://www.numismatique-en-maconnais.fr/2018/09/louis-edmond-martin-directeur-des-monnaies-et-medailles/

     

    du point de vue du monétaire, le nickel étant plus cher que le cuivre, plaquer du nickel avec du cuivre est peu intéressant.

    plaquer du nickel sur du cuivre est plus avantageux puisque la couleur claire donne l'apparence de l'argent-métal.

    plaquer du cuivre sur du fer est bien plus intéressant, le fer ne coûte "rien", et prend vite un aspect brunâtre. le fer est autant sensible à l'aimant que le nickel. par contre la mention "cuivre et nickel pur" n'autre plus de sens, évidemment.

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     Bien vu pour les francs et demis 1960, je corrige, merci.

     

    il y a 57 minutes, hpdp a dit :

    je n'ai pas saisi pourquoi tu considère celle que tu as en main comme différente de la 253.5, puisqu'elle est en nickel cuivré sauf la tranche et aussi de 32mm.

    la différence de poids n'est pas un critère

    La référence 235.5 étant à 12 g exactement et cet exemplaire à 10,00 g, on est bien au-delà d'une tolérance admise pour un même type, et ce poids exact me semble difficilement imputable au hasard. Or, s'il résulte de la volonté humaine, c'est un type différent. Un module c'est diamètre + masse + métal, donc ici, nous avons un module inédit, puisque la masse est différente de manière intentionnelle (et la similarité de la composition est inconnue).

      

    il y a 57 minutes, hpdp a dit :

    la différence de poids n'est pas un critère, les hauteurs relatives du cuivre ou du nickel sur la tranche pourraient indiquer des épaisseurs de cuivre ou nickel différentes. à diamètre égal, une différence d'épaisseur mesurée dans les plats indiquerait une différence d'épaisseur d'une ou des feuilles utilisées avant laminage.

    Le laminage a précisément pour objet de leur donner la même épaisseur... L'épaisseur avant laminage est définitivement perdue, et le laminage est précisément la raison d'être de ce jeton !

     

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    pour une monnaie le poids final est important, pour un jeton, personne n'aurait protesté en cas d'une différence de poids avec celui du voisin, surtout s'il est offert.

    je comprends qu'un poids aussi singulier que 10,0 g puisse être considéré comme intentionnel mais c'est le seul exemple, les 4 autres ont un poids aléatoire, et celle de 12g pourrait être un arrondi.


    pour les bijoux, le plaqué or consiste à déplacer du métal par galvanoplastie (électrolyse) d'un élément donneur vers un solide conducteur jusqu'à obtenir une épaisseur déterminée.

    le système Martin consiste à écraser, apparemment, donc le terme laminage est justifié mais il ne figure pas sur le jeton, CGB et numista l'indiquent mais j'ignore d'où ils tirent cette info. il pourrait s'agir d'autre chose, en tout cas Ed Martin n'a pas inventé la galvanoplastie.

     

    il y a donc peut-être un malentendu sur le terme laminage : ici il s'agit de créer une feuille de métal, ou plus exactement d'assembler trois feuilles de métaux différents en une seule comme si elle était monométallique.

    pour une monnaie le laminage consiste à amener une feuille de métal à l'épaisseur voulue, en effet, mais ici on ne sait pas quelle était l'épaisseur voulue ou le poids final. à mon avis personne ne s'en souciait, l'important étant le comportement de la feuille lors de la découpe du flan puis lors de la frappe.

     

    les deux coins ont été créés pour frapper des jetons de cuivre et de nickel, mais rien n'interdisait de faire des essais avec d'autres métaux et différentes épaisseurs de feuilles. ainsi personne ne serait venu se plaindre si, pour la science, l'inventeur avait fait un essai de feuille de cuivre épaisse + feuille de fer + feuille de cuivre fine, par exemple.

    six coins : deux en 26mm pour 253.3, deux en 29mm 253.1 253.2, deux en 32mm 253.4 253.5.

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    Je pense, au contraire, que pour des essais d'une technique destinés à séduire une clientèle, M. Martin aura fait attention à la précision et n'aura pas admis des écarts de poids de 20%. Surtout en adoptant une forme monétaire (et le poids des monnaies était déjà parfaitement maîtrisé) et non celle d'une plaque.

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