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    En Chine, le 20 août 1966, Mao Zedong appelle les Gardes rouges à détruire les "Quatre vieilleries" : les "vieilles idées", la "vieille culture", les "vieilles coutumes" et les "vieilles habitudes". Tout objet d'avant 1949 (prise du pouvoir par les communistes) et ayant le moindre lien avec la culture ou l'intelligence doit être détruit, parce qu'il est le produit d'une société non communiste. La détention de tels objets peut signifier la mort, selon le bon vouloir de l'équipe de Gardes rouges qui les découvre. Nous sommes dans les premières semaines de la "Grande révolution culturelle prolétarienne" qui durera dix ans et sera tant admirée en Occident. Un très grand nombre de monuments historiques est alors détruit, les livres et peintures brûlés en public, le corps de Confucius, mort depuis près de 2500 ans, sorti de la tombe et profané. Les statues de pierre sont brisées, celles en métal sont fondues ; la totalité des opéras, pièces de théâtre, films sont interdits et remplacés par huit ballets et opéras gouvernementaux. A peu près tous les établissements d'enseignement ferment. Quand ils rouvrent enfin, les cours de mathématiques, physique et chimie y sont supprimés, les connaissances devant se limiter à l'industrie et l'agriculture. Pendant plusieurs années, tous les livres sont interdits en-dehors des manuels d'industrie, d'agriculture et de ceux écrits par Mao et quelques-uns de ses proches. Les enseignants et tout lettré sont torturés en public ou en prison, et parfois mutilés et tués. Le cannibalisme d'humiliation se répand, soutenu par des bureaux locaux du Parti communiste. Pourtant, à l'échelle de la Chine, certains traverseront la tempête, parfois avec leurs collections... On ne sait pas toujours comment. Dans le Liaoning, au nord de la Chine, en 2009 et 2010, j'ai fréquenté assez longuement une Chinoise née au tout début des années 60. Son père lui avait appris à lire clandestinement pendant la Révolution culturelle avec les livres classiques qu'il cachait au péril de sa vie. Pour cette raison, elle est toujours la seule que je connaisse de sa génération à lire les idéogrammes traditionnels supprimés en 1964, après une première réforme très limitée en 1956. En 1976 Mao meurt, à partir de la fin 1977 il est permis de critiquer la Révolution culturelle et en décembre 1978, Deng Xiaoping amorce un net tournant vis-à-vis de l'époque maoïste. C'est alors que certains intellectuels et certains objets peuvent revenir au grand jour en Chine. C'est ainsi qu'en décembre 1979, "La Chine en construction", mensuel chinois en français destiné à la propagande en Occident, consacre un article non signé à la donation faite à l'Etat par un numismate de 73 ans, Qu Huichuang. Il collectionnait depuis les années 1920, à travers plusieurs décennies de guerre civile et d'invasion. "La Chine en construction", décembre 1979. Vous pouvez cliquer sur la photo pour l'agrandir et lire l'article. Cet "acte patriotique" lui vaut un certificat d'honneur et une prime de 8 000 yuans. C'est une belle somme : en 1972, le revenu annuel moyen d'une famille paysanne de 12 personnes (enfants inclus, et c'est avant la loi sur l'enfant unique) est de 1093 yuans dans la brigade de production qu'interroge Maria-Antonietta Macciocchi ; en 1981, un cheminot retraité perçoit 90 yuans de pension mensuelle, son salaire était de 120 yuans en fin de carrière, tandis que sa fille et son gendre dont les métiers ne sont pas précisés gagnent environ 100 yuans mensuels à deux ("La Chine aujourd'hui"); en 2009, dans une très grande ville je mangeais un repas pour 7 yuans. On voit par les photos illustrant l'article que la collection de Qu Huichuang semblait couvrir tout ce qui était chinois et en lien avec la monnaie, des monnaies archaïques à nos jours, et des billets médiévaux à nos jours en incluant les émissions des innombrables entités de la guerre civile, nationalistes inclus. L'article ne permet toutefois pas de savoir si les "gouvernements fantoches" collaborateurs des Japonais en faisaient aussi partie. 33sud évoque par exemple une curiosité de leur monnayage ici https://www.numismatique.com/articles/monnaies_11_11_11_11/monnaies-de-fibre-rouge-du-mandchoukouo-r33/ Il n'est pas aisé de trouver d'autres informations sur Qu Huichuang. Selon la base de données de l'American Numismatic Society, en 1985 il publie avec Wang Yicheng "A preliminary probe on currency theory of ancient China", dont l'existence est enregistrée sans autre information hélas. Et à l'été 2003, la lettre d'information de l'Oriental Numismatic Society signale l'hommage qui lui est rendu dans la revue chinoise "Zhongguo xianbi" de mars 2002 par trois de ses compatriotes, qui le qualifient de "one of China's greatest collectors of money" en lui attribuant comme dates "1903-1994". Cette date de naissance ne correspond pas à celle d'un homme qui avait 73 ans en décembre 1979, mais ceux qui connaissent la Chine ne s'en formaliseront pas. Cette recension affirme aussi que la donation de 1979 portait sur 10 000 pièces, tandis que l'article de 1979 la limite à 3 400. Je ne suis pas en mesure de savoir si la donation initiale a été complétée après la rédaction de l'article de 1979, ou si c'est la méthode de décompte qui a été modifiée. On voit dans l'article que les monnaies étaient présentées sur des feuilles qui pouvaient en compter parfois plus d'une dizaine ; 3 400 est-il le nombre de feuilles et 10 000 le nombre d'objets monétaires ? Quels que soient la date de naissance de Qu Huichuang et surtout le quantum de sa donation, on peut apprécier la rareté de l'évocation publique d'une numismatique en Chine à cette époque, et ce qu'ont représenté la constitution puis la préservation de cet ensemble à travers 50 ans de guerres et de persécutions. Et l'Histoire nous fait un clin d'oeil : Xi'an, la ville de Qu Huichuang, c'est aussi l'antique capitale des Zhou occidentaux, des Qin, des Han et des Tang, et c'est dans ses environs que se trouvent la tombe du Premier empereur et son armée en terre cuite. Bibliographie Ancient Chinese coins, site incluant une base de données issue de l'American Numismatic Society, site internet consulté en juin 2020 http://chinesecoins.lyq.dk/ANS_China_index_bibliografi.htm DAI Sijie, Balzac et la petite tailleuse chinoise, Gallimard – Paris, 2000 La Chine aujourd'hui, De la jeunesse à la retraite, collectif sous la direction de Fa Wen Bu, Beijing information – Beijing, 1983 La Chine en construction, décembre 1979, collectif sous la responsabilité de Soong Ching Ling, Centre des publications de Chine – Beijing, 1979 MACCIOCCHI Maria-Antonietta, De la Chine, Editions du Seuil – Paris, 1974 Oriental Numismatic Society, site internet consulté en juin 2020 http://orientalnumismaticsociety.org/JONS/Files/ONS_176.pdf Wikipédia


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