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Au hasard des boîtes de monnaies en vrac est arrivé dans mes mains un objet qui ne paye pas de mine, mais qui est pourtant exceptionnel : un jeton porte-bonheur constitué d'un cerclage d'aluminium insérant une monnaie authentique, en l'espèce un pfennig de 1911. Allemagne (commune de Görlitz), 1911 ou peu après, porte-bonheur avec monnaie intégrée. Aluminium et cuivre non alliés, 33 mm, 4,48 g Cette technique est connue en numismatique des Etats-Unis ("encased coin"), où elle serait apparue en 1901 lors de l'Exposition panaméricaine de Buffalo, et elle y est encore pratiquée avec plus ou moins d'ampleur http://www.encasedcoins.info/ Un mélange de porte-bonheur des Etats-Unis avec monnaie insérée. Le cent à la tête d'Indien, à mi-hauteur à gauche, est de 1901, tandis que le talisman juste en-dessous de lui date de 2003. Source https://discover.hubpages.com/games-hobbies/A-Collectors-Guide-for-Encased-Coins La même page montre la photo d'un exemplaire canadien de 1967, affirmant que de tels objets ont été émis dans "des pays autres que les Etats-Unis, particulièrement le Canada". En Europe, elle est d'une extrême rareté. J'ai le souvenir d'avoir vu une ou deux fois en 40 ans de tels objets, de fabrication britannique (ou canadienne, cf. ci-dessus ?), datant des dernières années du règne de Victoria ou juste après. En France et tous autres pays européens, rien. Pour l'Allemagne, pays de notre exemplaire, j'en ai trouvé un seul autre, avec des commentaires de collectionneurs confirmant l'extrême rareté de ces objets; encore l'exemplaire présenté est-il d'un émetteur différent du nôtre. Son pfennig est de 1904. Allemagne (commune de Nuremberg), 1904 ou peu après, diamètre et masse non indiqués. C'est l'unique autre exemplaire allemand trouvé sur internet. Source https://www.cointalk.com/threads/lauer-good-luck-charm-encased-1904-pfennig.244486/ (photo retravaillée par les soins de Guillaume Hermann) Même Numista ne peut montrer pour l'Allemagne qu'un cerclage en aluminium ayant manifestement séjourné en terre, amputé de son pfennig, et d'un type encore différent. L'épave de cerclage allemand sur Numista, sans lieu ni date. Source https://fr.numista.com/catalogue/exonumia323571.html L'exemplaire qui nous a mis sur la piste de ces curieux objets porte sur une face la formule porte-bonheur : DEIN.TALISMAN.BIN.ICH.FÜRWAHR.ICH.BRING.DIR.GLÜCK.DURCH'S.GANZE.JAHR signifiant "je suis ton véritable talisman je te porte chance toute l'année", complétée du dessin d'un trèfle à quatre feuilles et d'un fer à cheval enserrant le pfennig et portant les petites mentions GES. et GESCH. pour ""gesetzlich geschützt", c'est-à-dire "légalement protégé" (ce qui sous-entend qu'il y a probablement eu, en Allemagne, un enregistrement légal portant le nom de l'inventeur du procédé et la date de l'invention; ces archives ayant été partiellement détruites lors de la Seconde guerre mondiale, ce document existe-t-il toujours ?). Cette face est identique à l'une de celles de l'exemplaire présenté sur Cointalk, tandis que l'autre face est personnalisée par l'émetteur, à savoir pour le nôtre : KONZERT-LOKAL BÖRSENHALLE au-dessus du revers du pfennig, et au-dessous de celui-ci : GORLITZ OBERMARKT 24 Désignant une salle de concert dans la halle de la bourse, au numéro 24 du "marché supérieur" de Görlitz. Görlitz est une ville de Saxe qui, depuis 1950, jouxte la Pologne. Le métal de la couronne portant une trace d'écrasement autour du pfennig, très probablement liée à l'opération de sertissage, on peut penser que soit il existait un umlaut sur le O de GORLITZ et que celui-ci a été supprimé par l'écrasement (si la frappe de la couronne est antérieure à l'opération d'insertion du pfennig), soit le sertissage du pfennig a provoqué un retrait du métal de la couronne vierge qui ne lui a pas permis d'être ensuite en contact avec le coin la frappant, si cette dernière opération est postérieure à l'insertion. Notre objet mesure 33 mm de diamètre et pèse 4,48 g. Le pfennig de cuivre pesant théoriquement 2 grammes, la couronne en aluminium doit en peser environ 2,5 quand elle est en parfait état. C'est la couronne qui fait la particularité de l'objet et elle n'est pas datée, aussi sommes-nous réduits à considérer que le pfennig inséré était de l'année en cours; en tout cas, s'il était antérieur, il ne devait pas l'être de beaucoup. Rien n'indique que cette pratique allemande déjà rare a survécu à la Première guerre mondiale. Quant au fabriquant... Rien ne permet de l'identifier sur notre exemplaire. Celui de Cointalk, qui partage une face avec le nôtre et pourrait sortir des mêmes machines, est au nom de la société Lauer à Nuremberg qui fabriquait notamment des médailles et des jetons de jeu. On peut donc penser que la société Lauer avait les moyens techniques de fabriquer elle-même ces objets. En est-elle l'auteur ? Pour le moment, il semble que nul ne sait. Il reste une autre question, sémantique : comment nommer cet objet, autrement dit, quelle était sa fonction ? La valeur de la monnaie insérée, 1 pfennig, est bien trop faible pour permettre le paiement d'une entrée à la salle de concert. Qui plus est, l'objet étant supposé porter chance à son détenteur, il aurait été maladroit de la part de l'émetteur d'en exiger la restitution, fut-ce en échange d'une entrée ! La monnaie a très probablement été choisie parce qu'elle était la plus faible valeur circulante et que l'objet était offert, en étant destiné à être conservé par son destinataire. On peut donc probablement écarter l'hypothèse d'un jeton de consommation. L'objet ayant un émetteur identifié et puisqu'il serait délicat pour le porteur de s'en séparer, nous pouvons penser qu'il n'avait pas de valeur d'échange. Le fait que ce soit un établissement bien identifié qui l'a émis, la salle de concert du 24 Obermarkt à Görlitz, qu'il ait éprouvé le besoin de mettre son nom et son adresse en grands caractères dessus, sans pour autant espérer le récupérer, nous fait considérer cet objet comme un jeton publicitaire. Celui qui le conservait comme porte-bonheur, sur lui en permanence, était donc invité à se remettre sans cesse en tête l'adresse de la salle de concert. La prétention de porter bonheur apparaît donc comme un perfectionnement commercial des jetons publicitaires, souvent un peu plus anciens, qui portaient des slogans, l'adresse d'un praticien quelconque et parfois son portrait ou toute autre motif, mais dont aucune croyance ne justifiait qu'on les conservât sur soi en toutes circonstances. France, 1850 à 1864, jeton publicitaire des crayons Mengin. Laiton, 24 mm, 3,43 g. Collection Guillaume Hermann Sous diverses réserves (notamment celle de la fonction de réglement d'une dette), un parallèle peut être fait avec, en philatélie, le système du porte-timbre : de 1907 à 1912, la société "Le Timbre poste Economique", située à Paris, permettait aux particuliers d'acheter leurs carnets de timbres moins cher qu'au bureau de poste, mais chaque timbre, neuf évidemment, était collé sur une vignette un peu plus grande que lui, la marge ainsi créée étant imprimée de slogans publicitaires. Cette vignette, le porte-timbre, avait elle-même le verso gommé et c'est ainsi l'ensemble qu'on collait sur sa carte ou son enveloppe : le timbre était collé sur le porte-timbre qui était collé sur le document. https://calves.timbres-experts.com/p/vignettes-porte-timbres Une paire de porte-timbres au nom de La belle jardinière, non oblitérés. Source https://calves.timbres-experts.com/p/vignettes-porte-timbres Voici donc une très intéressante curiosité, qu'extrêmement peu de collectionneurs possèdent. Si vous connaissez d'autres exemplaires européens de ces monnaies insérées, vous pouvez l'indiquer dans les commentaires et joindre photos et mesures !4 points
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On peut collectionner les monnaies uniquement pour leur valeur esthétique, sentimentale ou financière. Pourtant, elles ont des choses à nous apprendre; encore faut-il savoir les analyser. Ce qui est écrit sur elles, ce qu'elles sont, n'est jamais le fruit du hasard, mais le résultat de l'action des hommes et des évènements. Voici deux monnaies dont la lecture est intéressante individuellement, puis dont la comparaison va amener un intérêt supplémentaire. Les deux sont des royales au nom de Louis XIV. La première est bien fatiguée. France, 1670-1705, 1/12e d'écu (3 types différents). Argent 21 mm 2,00 g précisément. Cet exemplaire groupe 3 types différents, il a donc été deux fois réformé et refrappé ! - la date de 1670 est clairement lisible derrière la tête du Roi. A cette date et pour ce module, il ne peut s'agir que d'un 1/12e d'écu au buste juvénile, même s'il ne reste rien de ce buste. - devant la tête du Roi, on voit tout aussi nettement une palme, orientée vers le bas. Il ne peut s'agir que d'un 1/12e d'écu aux palmes, dont la frappe s'est étendue de 1693 à 1701. Ce fut la première réforme du flan de 1670. - sur l'autre face, on voit en entier un revers aux huit L avec les lys centraux, donc le deuxième type aux huit L. Les 1/12e d'écu aux huit L du deuxième type ont été frappés en 1704 et 1705. C'est la deuxième réforme du flan de 1670, et donc sa troisième frappe. En haut de cette face, on voit d'ailleurs une partie de la pétoncle qui signale, dans la frappe du deuxième type des douzièmes d'écu aux huit L, l'utilisation d'un flan réformé. En raison des surfrappes et de l'usure, plus aucun atelier n'est identifiable. Malgré son petit état (ceci dit, la réforme ne donne jamais des belles frappes entières et lisibles), cette monnaie est donc un témoignage extrêmement intéressant de l'économie sous Louis XIV, quand la mise en circulation de nouvelles monnaies se faisait au détriment des types précédents. Pour les contemporains, cette pratique avait une conséquence : la masse monétaire n'augmentait pas, mais sa production engendrait un coût important puisque les monnaies devaient être collectées, retravaillées et remises en circulation pour une valeur fiduciaire égale. Pour les collectionneurs, cette pratique a trois conséquences : - les types les plus anciens ont été considérablement raréfiés, puisque refrappés à de nouveaux types; - la perte d'informations sur les exemplaires, puisqu'à l'usure qui concerne toutes les monnaies, il faut ici ajouter l'écrasement et le recouvrement des motifs anciens par des nouveaux. C'est ainsi qu'aucun atelier, des trois qui ont frappé le flan de ce douzième d'écu, n'est identifiable; - la variété quasi-infinie des combinaisons possibles, surtout avec un règne monétaire de plus de 65 ans. Si, en numismatique du système décimal, il est possible de poursuivre le but d'une collection exhaustive, cette ambition, encore envisageable (avec de solides moyens financiers) pour les règnes de Louis XVI et éventuellement Louis XV, doit nécessairement être abandonnée pour celui de Louis XIV. La seconde présente mieux. France, 1674-1703, 4 sols (2 types différents) puis 5 sols. Argent 20 mm 1,36 g. Malgré des traces de réforme, l'avers semble bien lisible et porte la date de 1703. A cette date et ce module, et avec une partie des éléments du revers, c'est une 5 sols aux insignes. Au revers, le différent d'atelier semble être un B pour Rouen, ce qui en fait une rareté, voire un inédit. Nous n'avons pas trouvé d'autre exemplaire pour Rouen. Toutefois, la discussion reste ouverte pour y voir le P de Dijon, qui, lui, est répertorié. Le revers, lui, porte deux empreintes différentes, quasiment à égalité de lisibilité. Dans ce qui ne correspond pas à un revers aux insignes, l'oeil exercé reconnaît les principaux éléments du revers d'une 4 sols des traitants. La date de notre exemplaire est perdue, mais la frappe de ce type n'a eu lieu que de 1674 à 1679. L'atelier, ici, semble être Lyon (D au centre de la croix). Mais ce n'est pas tout. Un retour à l'avers permet de remarquer un soleil dans la légende devant le regard du Roi, comme il y en a un au-dessus de sa tête. Ce soleil, à cette époque, désignait l'utilisation d'un flan réformé. La localisation de celui qui est au-dessus de la tête démontre qu'il appartient à la frappe de 1703, le 5 sols aux insignes. D'où vient l'autre ? Problème : on ne connaît pas de 4 sols des traitants frappé sur flan réformé. Dès lors, il faut en déduire que ce flan a également été un 4 sols aux deux L entre le 4 sols des traitants et le 5 sols aux insignes. Muni de cette supposition, Caratoc va identifier au revers d'autres éléments de cette frappe dont, à l'avers, ne subsiste que le soleil. Il va notamment retrouver le différent d'atelier, qui désigne Paris. A gauche revers de notre 4 puis 5 sols, à droite revers d'une 4 sols aux deux L. Comme la première monnaie, celle-ci aura donc eu trois vies : - 1674-1679, 4 sols des traitants, probablement Lyon; - 1691-1700, 4 sols aux deux L, Paris; - 1703, 5 sols aux insignes, peut-être Rouen. De l'examen de cette monnaie seule, on peut d'ores et déjà tirer les mêmes enseignements que de la première, sur le coût de la production monétaire pour les contemporains, et tout ce qui nous concerne en tant que collectionneurs. Mais la comparaison de ces deux monnaies va amener un nouveau champ de réflexion. Les deux monnaies, sous leurs trois formes chacune, ont été émises durant la même période : entre 1670 et 1705 pour la première, entre 1674 et 1703 pour la seconde. Mais la première a été refrappée à valeur fiduciaire constante, toujours un douzième d'écu, tandis que la seconde valait 4 sols de la décennie 1670 au début de la décennie 1700, puis sa valeur a été portée à 5 sols lors de la refrappe de 1703. Pourtant, d'une part, la masse réelle et le titre d'argent ont été conservés intacts dans chacune de ces deux monnaies lors de chacune de leurs refrappes; d'autre part, ces deux monnaies appartenaient au même système monétaire. Dans le cas de la 4 sols devenue 5 sols, il s'agit d'une dévaluation. Ce flan contient 1,63 g (poids théorique pour les 4 sols, ce qui est cohérent avec une petite usure pour arriver à 1,55 g en 1703) ou 1,55 g (poids théorique de la 5 sols) d'alliage à 798/1000 d'argent, soit un passage d'environ 1,30 g à environ 1,23-1,24 g d'argent pur. Le pouvoir d'achat diminue ainsi en monnaie constante, puisqu'en 1674 et encore en 1700, en ayant reçu un salaire de 4 sols on peut acheter 1,30 g d'argent métal, alors qu'en 1703, en ayant reçu un salaire de 5 sols, on en obtient seulement 1,23 ou 1,24 g. En trois ans, un revenu qui augmente de 25%, ce qui est énorme, ne permet pourtant plus d'acquérir que 95% des richesses initiales. Ce constat décrit une situation qui ouvre la voie à des manipulations financières en jouant sur les rapports entre divisionnaires. Pour prendre une comparaison très simple, c'est comme si, de nos jours, on ne pouvait pas acheter la même quantité de produit avec une monnaie d'1 euro ou avec 5 monnaies de 20 centimes. Cela donnerait naissance chez certains, les plus intelligents et ceux qui ont le plus de moyens techniques, à des stratégies de thésaurisation et d'échange des monnaies pour gagner du pouvoir d'achat à valeur fiduciaire égale. A notre connaissance, cet aspect très concret de la spéculation n'a pas été abordé dans les études consacrées à l'économie au temps de Louis XIV. C'est un apport que peut faire la numismatique à l'Histoire. Il est également intéressant de noter que la Régence a mis, de façon immédiate, un frein très fort (même si pas total) à la pratique de la refrappe des flans réformés. Il est vrai qu'elle a eu, elle, son scandale économique sous forme de la banque de Law, programmée par le duc d'Orléans dès 1714, avant la mort du Roi (septembre 1715), et mise en place en 1716. Merci à Caratoc pour son aide à la lecture sur les traces de la frappe aux deux L !3 points
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Une variante inconnue du jeton "système Martin" de 1888 est passée entre mes mains. Il en existait déjà 5 ! L'exemplaire en question : 1888, essai de laminage du système Martin, avers, revers, tranche. Cuivre et nickel, 32 mm, 10,00 g Si l'on s'en tient à une description textuelle, l'objet est connu : c'est le fruit monétiforme d'un essai de laminage du système Martin en 1888. L'exemplaire qui justifie la rédaction du présent article mesure 32 mm et pèse exactement 10,00 g. J'ignore en quoi consistait le système Martin et, a priori, ce n'est pas mon propos. Cet objet, d'une rareté actuellement classée R2 par CGB, porte les inscriptions : MÉTAL BI-MÉTALLIQUE CUIVRE ET NICKEL PUR 1888 à l'avers, dans un grénetis que 16 étoiles pleines à 5 branches séparent du listel, et SYSTÈME ED. MARTIN (le D étant petit et placé au-dessus du point) BREVETÉ S.G.D.G. dans une couronne de rameaux d'olivier, au revers. Même si le terme n'apparaît pas, c'est donc, a priori, ce que nous appelons du cupronickel : le métal des 100 francs Cochet, par exemple. Ces monnaies étaient de couleur grise. Et, de fait, la très large majorité des jetons de 1888 du laminage Martin sont gris. Mais pas celui que j'ai eu entre les mains, ni deux exemplaires récemment vendus sur Ebay et un troisième par Patrick Guillard : patinés, ils sont bruns, bruns comme des 10 francs Mathieu, qui sont dites "en cupro-nickel-alu" (donc ajout d'un métal pourtant gris : la clé est dans les proportions, 920‰ de cuivre, et seulement 60‰ de nickel et 20‰ d'aluminium), ou bruns comme des divisionnaires Second Empire ou IIIe république qui sont dits "en bronze" (à 950‰ de cuivre, donc du cuivre avec quelques corps étrangers, plutôt que du bronze, dont le taux de cuivre est généralement plus faible). 2025, capture d'écran de Google Images avec les mots clés "1888 "cuivre et nickel pur"" Cette couleur différente est une première curiosité. Les "Essais Monétaires et Piéforts Français 1870-2001" par Michel Taillard et Michel Arnaud, aux Editions Gadoury, nous confirment qu'il y a eu des essais de laminage / de frappe avec plusieurs alliages de cuivre et de nickel, et ceci sans le préciser sur le coin. Ces essais, dont beaucoup ont dû servir de cadeau publicitaire pour le système Martin, n'avaient pourtant pas vocation à être complétés à la plume ou affublés d'une étiquette. "Essais Monétaires et Piéforts Français 1870-2001", Michel Taillard et Michel Arnaud, Editions Gadoury, 2014, pages 576-577 : c'est tout ce qui concerne les jetons du système Martin dans cet ouvrage de référence Parmi les 5 variantes recensées par Michel Taillard et Michel Arnaud : - 2 sont plaquées nickel entièrement, donc grises entièrement - 1 est plaquée nickel entièrement sauf le listel, donc grise sauf le listel - 1 est plaquée maillechort entièrement, donc grise entièrement - 1 est plaquée cuivre sur une âme en nickel, ce nickel étant visible sur la tranche. Ce dernier cas est donc le seul qui puisse se patiner en brun, par conséquent le seul qui pourrait correspondre à notre exemplaire;mais l'ouvrage indique 32 mm et 12 g, alors que notre exemplaire est à 32 mm et 10,00 g. Le lien du premier exemplaire brun sur Ebay n'est plus accessible. Le deuxième vendeur sur Ebay indique 32 mm pour 10,83 g, et Patrick Guillard 32 mm pour 10,69 g. Aucun de ces deux exemplaires n'est donc au poids exact, et ils sont plus proches de "nos" 10,00 g que des 12 g de Michel Taillard et Michel Arnaud. Il y a une seconde curiosité. Je n'en ai trouvé trace nulle part, elle m'est apparue en manipulant l'objet. On voit bien, sur le jeton brun que j'ai manipulé, ce qui doit être du nickel, mais il n'est pas allié; du moins, sans aller jusqu'à endommager l'objet pour analyse, il ne semble pas l'être. Un test à l'aimant révèle un fort magnétisme de l'objet, le nickel est donc massivement présent. Il est visible sur la tranche, comme le disent MM Taillard et Arnaud pour leur variante 253.5. Plus exactement, il est sur toute la longueur de la tranche, mais seulement sur la moitié de sa hauteur : il est du côté du revers, c'est-à-dire la face marquée "SYSTÈME ED. MARTIN BREVETÉ S.G.D.G.", mais il ne déborde nullement sur celle-ci. Il faut vraiment examiner spécifiquement la tranche pour le voir. La question est de savoir si, et si oui, comment et où, se prolonge ce nickel dans le corps du jeton. Comment expliquer cette curieuse disposition sur la "demi-tranche" sans apparaître sur la face ? Quelle conséquence tirer de la différence d'exactement 2 grammes avec la variante 253.5 pour le même diamètre : épaisseur différente ? Composition métallique nettement différente ? Au sujet de la tranche des exemplaires gris, rien n'est dit par les professionnels qui en ont eus entre les mains. Ces observations en appellent une autre : le classement en rareté R2 semble concerner les jetons de 1888 du système Martin pris dans leur ensemble, mais il convenait déjà de distinguer 5 catégories en leur sein, et maintenant 6 catégories. Il apparaît d'emblée que les jetons à faces cuivrées sont beaucoup plus rares que ceux à faces en nickel. Sans discuter ici de l'utilité des classements de rareté, il conviendrait, au moins, que les passionnés de pointage soient mis en mesure d'en présenter des rigoureux. Si vous en avez en collection, gris ou brun, je vous invite à examiner la tranche et indiquer en commentaire ci-dessous ce que vous avez observé, si possible avec diamètre et masse ! Remerciements à M. Claude Fache, pour les photos de "Essais Monétaires et Piéforts Français 1870-2001" par Michel Taillard et Michel Arnaud, 2014, aux Editions Gadoury.1 point
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La 2 euros Grace Kelly est le Graal des collectionneurs de 2 euros. Monnaie de Monaco non circulante, commercialisée en coffret en 2007 à 110 euros, elle se négocie maintenant à plusieurs milliers d'euros. Ses caractéristiques physiques sont celles de toutes les 2 euros : bimétallisme (coeur en laiton plaqué sur nickel, couronne en cupronickel), masse de 8,5 g, 25,75 mm de diamètre, 2,2 mm d'épaisseur, frappe médaille. Il en existe 20.001 exemplaires. Une authentique 2 euros Grace Kelly, Monaco 2007. Photo Mike Bentley pour Numista Une telle vertu lucrative a tout pour attirer les aigrefins. C'est chose faite, de longue date, avec un faux essai abondamment documenté et qui ne peut pas tromper grand monde, puisque les collectionneurs savent qu'il n'existe AUCUN essai d'euro, quels que soient la valeur faciale et le pays émetteur prétendu. Ce faux essai a même sa fiche sur Numista https://fr.numista.com/catalogue/exonumia17753.html Comme beaucoup de faux essais d'euros, tous pseudo-émetteurs confondus, il est trilingue français-anglais-allemand, alors que la seule langue officielle de Monaco est le français. Il n'est pas au module : il pèse 7,1 g pour 27 mm de diamètre et 2 mm d'épaisseur. Le faux essai de 2 euros Grace Kelly, provenance inconnue. Photo brismike pour Numista Ce 2 décembre 2024, dans le cadre de mon activité d'expertise, un client m'a demandé d'authentifier la 2 euros Grace Kelly qu'il avait apportée. J'en ai été bien en peine... car elle est fausse. Ce faux ne semble pas répertorié. Le possesseur, qui en ignorait la fausseté, m'a aimablement permis de la photographier et la publier. Les photos ont été prises à brûle-pourpoint sur un coin de table avec un mauvais éclairage, mais c'était ça ou rien. La fausse 2 euros Grace Kelly découverte en décembre 2024 Je n'ai pas pu la mesurer, mais son diamètre et son épaisseur semblent a priori conformes au module. Par contre elle n'est pas au poids : la balance affiche 8,37 g au lieu de 8,5 g. La fausse 2 euros Grace Kelly sur la balance Si le poids est l'élément imparable, et la relative grossièreté du graphisme un indice sérieux, le plus intéressant est son aspect. Il m'a fallu un petit moment pour analyser ma "mauvaise impression". Celle-ci venait in fine du fait que, si la monnaie est lourde en main et produit un son nettement métallique quand on la fait tomber dans une coupelle en métal, elle présente pourtant un aspect de matière plastique. Je suis parvenu à me faire un avis sur la cause de cette curiosité; avis que je ne pourrai pas valider, ne pouvant me permettre d'endommager la monnaie qui n'est pas à moi. Je pense que cette fausse monnaie est monométallique et entièrement peinte. La limite entre coeur et couronne est marquée à l'avers par un bourrelet, qui n'existe pas sur l'authentique, mais le revers est dépourvu de ce rebord, ce qui permet de constater que la couleur dorée du centre est en légère surépaisseur par rapport à la couronne. Pour autant, la matité et l'aspect plastique du gris de la couronne me font dire que ce gris est lui aussi une peinture, et que, par conséquent, à aucun endroit le métal qui compose le flan n'est visible. Je n'ai donc pas moyen de me prononcer sur celui-ci. Un test de densité pourrait fournir un indice, mais je n'en avais pas la possibilité. La tranche du faux est striée de façon défectueuse. Il faut noter que cette peinture est susceptible de conserver les traces de doigt, le faux en portant deux marques bien visibles. L'aspect est plus brillant dans les zones du coeur protégées par les reliefs, ce qui confirme que la peinture dorée s'oxyde. Cela fait penser que ce faux a une certaine ancienneté, et qu'il avait un aspect plus convaincant quand il était plus récent. Pourtant, même en son état actuel, je suis certain qu'il va faire des victimes. Et il en fera encore plus dans une fausse coque de société de grading, ce qui semblera normal pour une monnaie de cette pseudo valeur. Ainsi, plus d'examen du poids ni de la tranche !1 point